Un gouvernement européen de droite légalise la culture et la détention de drogues
Written by Aurelien Veron // 18 décembre 2009 // Libertés, Sécurité // No comments
De la part d’un gouvernement de droite plutôt libérale, c’est une surprise. Comme tous les parents, je n’ai pas envie que mes enfants consomment du cannabis, de l’ectasy ou des champignons autres que ceux que je cuisine. Et pourtant, le gouvernement tchèque en a décidé ainsi. Sans doute le dernier rapport sur les drogues de l’agence sur les drogues de l’Union Européenne n’y est-il pas étranger. Elle montre que la jeunesse tchèque est la première consommatrice de cannabis et d’ecstasy en Europe avec un record de 44% des moins de 24 ans ayant fumé un joint, contre 30 % pour la moyenne européenne. Ce marché aujourd’hui illicite profite surtout aux réseaux mafieux qui n’assurent ni le service après vente, ni la garantie sur la qualité du produit.
C’est sans doute ce qui a incité le gouvernement tchèque à adopter lundi dernier un projet d’amendement déterminant quelles plantes figureront dorénavant dans la catégorie des stupéfiants, et quelles limites de poids et de quantité de substances actives seront autorisées avant d’être considérées comme un délit pénal. La semaine précédente, le cabinet avait déjà autorisé et encadré la culture de plantes à substance hallucinogène : ainsi, chaque citoyen tchèque pourra cultiver en toute légalité, à partir de janvier, cinq plants de cannabis, de coca, de baldingère faux-roseau et de quarante types de psilocybe – espèce de champignon hallucinogène. Oui, vous avez bien lu. Le président Vaclav Klaus ne s’est pas opposé à cette avancée du gouvernement. Il faut dire que son premier ministre est un obscur fonctionnaire à qui on oserait presque recommander une petite fumette.
A compter du 1er janvier 2010, il sera donc possible de détenir sur soi 1,5 g d’héroïne, 1 g de cocaïne, 2 g de pervitine (métamphétamine de production tchèque) ou 15 g de cannabis. L’objectif de cette première étape de la légalisation ne consiste pas à inciter les citoyens tchèques à consommer ces produits toxiques, mais à responsabiliser les consommateurs, à limiter l’accès des jeunes à ces produits nocifs, à couper l’herbe (et les champignons) sous le pied des réseaux de traffiquants. Il manque à ce stade le contrôle d’une production élargie – elle reste artisanale et individuelle à ce stade – et de la distribution commerciale. Le pas suivant consistera à étendre le processus en cours à la production industrielle du terroir. C’est la position que j’avais déjà tenue en 2006.
Cette décision ne tombe pas du ciel, elle a déjà reçu des soutiens très sérieux de personnalités éminentes… apparamment non consommatrices de ce genre de produits (ou en tout cas qui n’en abusent pas), et je ne parle pas de Dany Cohn Bendit. Par exemple, Willem Buiter, Professeur à la London School of Economics, ancien chef économiste de la BERD, ancien membre de la Banque d’Angleterre avait eu l’audace de publier une grande tribune dans le Financial Times dont je m’étais fait l’écho en 2007 : « For the sake of liberty and security : legalise all drugs ». Arnold Swartzenegger a aussi émis l’idée pas si folklorique que ça que les revenus tirés d’une légalisation du commerce de ces produits pourrait contribuer à combler les déficits abyssaux de la Californie. La position de la Drug Policy Alliance Network a elle-même aussi évolué dans ce sens ces dernières années. En France, Alain Madelin s’était déjà exprimé dans ce sens :
« ...en matière de santé publique, la frontière entre les drogues licites, comme l’alcool, le tabac et certains médicaments, et certaines drogues illicites est des plus discutables.«
Cette décision courageuse, si elle devait être votée par le parlement tchèque, ouvrirait la porte à l’étape suivante : la culture et la distribution encadrée et taxée de ces mêmes produits. Cela permettrait non seulement le contrôle et la traçabilité des produits en vente, mais aussi de financer directement l’information des jeunes et les centres de désintoxication.






