Identité nationale : culture judéo-islamo-chrétienne ? (1/2)

Written by Aurelien Veron  //  22 décembre 2009  //  Culture, Immigration, Laïcité, Libertés, Société Civile  //  No comments

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Le débat sur l’identité nationale fait ressortir nos vieux démons comme il se doit. Douter de son identité ne se traite pas de manière simple ou arbitraire, mais en cherchant les causes plus profondes de ces inquiétudes presque métaphysiques. En attendant, cette prétendue thérapie de groupe à l’échelle nationale menace de se transformer en fracture intercommunautaire si les sombres penchants sont encouragés d’un côté, et si, de l’autre, les questions qu’ils soulèvent sont éludées par souci du « politiquement correct ». Implicitement visés par le discours des politiques, l’immigration et l’islam donnent lieu à tous les amalgames possibles. Barbus ou « musulmans qui portent leur casquette à l’envers et parlent verlan », cités explosives et minarets, chômage de masse et caillassages. Les arguments hostiles à l’immigration, et particulièrement à l’immigration provenant de pays à majorité islamique, reposent sur deux axes majeurs.

Tout d’abord, nous sommes nombreux à être conscients du fait que notre pays est confronté à un réel problème économique et social qu’une immigration mal gérée n’a fait qu’amplifier. Tant que notre économie est bridée, que les réglementations du travail et les charges sociales pèsent sur l’emploi, l’immigration non qualifiée supplémentaire ne peut qu’aggraver ces tensions parmi les couches populaires et les classes moyennes. Une politique de logement social désastreuse, l’échec de notre modèle scolaire et universitaire, une politique de l’emploi faisant exploser le chômage parmi les populations les moins formées, renforcée par l’assistanat, tout a été fait pour créer des ghettos et généraliser la précarité. Ajoutons à l’ensemble notre histoire mal assumée depuis l’indépendance de l’Algérie, et nous aboutissons au mélange explosif que nous connaissons, né du sentiment de déclassement et d’exclusion des descendants français de parents ou grands-parents algériens. Seule à même d’inverser cette tendance, une politique économique libérale ne semble hélas pas figurer dans les priorités du gouvernement. Pas plus que le rétablissement de l’état de droit dans les cités qu’il a abandonnées.

Mais le débat se tient aussi lieu sur un plan beaucoup plus émotionnel, celui de la culture et de la religion. Les défenseurs de la laïcité « à la française » exploitent divers incidents pour tenter de prouver l’incompatibilité de l’islam, ou tout au moins de certaines pratiques de musulmans comme le port du voile, avec notre modèle républicain. D’autres vont plus loin en évoquant la menace civilisationnelle que représenterait l’islam pour l’Europe « judéo-chrétienne ». Ils oublient sans doute l’époque où l’Andalousie et la Septimanie vivaient sous l’influence directe de la civilisation islamique, à Tolède, à Cordoue mais aussi à Narbonne ou à Ramatuelle (qui viendrait de Rahmat’Allah, « grâce de dieu » en arabe). Ce double assaut contre l’islam et, plus ou moins directement, les français de confession musulmane, ne me semble pas seulement infondé. Il m’apparaît aussi dangereux. En insistant sur ce qui nous divise plutôt que sur ce qui nous unit, il nourrit les peurs par une interprétation fallacieuse de l’islam, et alimente les rancoeurs par la lecture déformée d’incidents réels sortis de leur contexte.

La grande difficulté des années à venir, ce sera de permettre aux Français musulmans de trouver (ou de retrouver) leur fierté sur le plan social, culturel et sur celui de la foi pour les pratiquants, sans céder de terrain aux extrémistes qui surfent actuellement sur leurs difficultés économiques et sociales, intégristes de la laïcité ou de l’islamisme radical. Quoi qu’on pense du hijab ou, plus inquiétant, de la burqa, nous sommes vite entraînés sur un terrain glissant lorsqu’on entreprend l’interdiction de pratiques qui relèvent avant tout de choix personnels. D’un côté, rien ne prescrit la burqa dans l’islam pour prendre cet exemple récent. Mais de l’autre, l’interdiction de cette pratique archaïque (qui me révulse mais que je ne me vois pas plus fondé à interdire que nombre de pratiques qui insultent l’idée que je me fais de la dignité humaine) reviendrait indirectement à stigmatiser leur religion pour un bon nombre de Français musulmans. Pris sur deux fronts, difficile de manœuvrer avec subtilité.

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