Burqa, épouse et concubines

Burqa

La France s’apprête à avancer 6.3 milliards d’euros à la Grèce (soit 100 euros par citoyen, mineur, majeur, gâteux ou non)  comme vont le faire les 14 autres pays de la zone euros. Lorsque viendra le tour du Portugal, il n’y aura plus que 13 pays à piocher dans les poches de leurs contribuables, en plus de nous, pour l’aider. Nous mettrons peut-être alors 150 euros chacun.  Puis plus que 12 pour l’Espagne (ou la Belgique qui pourrait imploser plus tôt que prévu). Et ainsi de suite, le dernier éteint la lumière pour économiser le peu d’énergie qui nous reste, svp (sauf sortie de l’Allemagne de l’euro). Le chômage est stable, entre 8.5 et 12.5 %, marge identique depuis 30 ans crise ou pas crise. La croissance oscille toujours entre 0 et 1.5 %, comme depuis 30 ans. Les banlieues, ça va exploser bientôt comme on nous le répète depuis 30 ans. Mais dans ce contexte de déclin, de paupérisation des classes moyennes et de moral général dans les baskets, la priorité nationale, c’est la burqa au volant. La dernière anicroche commence par un vulgaire PV, et se poursuit par l’attaque publique du conjoint salafiste aux 4 (ou 3) concubines, menacé de se voir retirer son passeport français pour être renvoyé dans son pays de naissance. Et ça finit avec le Pen au second tour de la prochaine présidentielle. Cette fois-ci, le Pen – Aubry (si vous y croyez aussi, c’est le moment d’acheter des samsonite avant la rupture de stocks en mai 2012).

Je vous recommande préalablement la lecture d’une excellente contribution de Me Eolas qui commence par ces mots :  « Ainsi donc, notre République, née d’une ivresse de liberté, s’enivre désormais d’interdictions. » Il nous démontre avec une rigueur admirable que le PV dont tout le monde parle est plus que contestable, que la volonté de nos ministres de renvoyer un citoyen naturalisé, aussi antipathique soit-il, n’est pas juridiquement fondée et que toute cette histoire minable révèle avant tout une incompétence crasse de nos dirigeants qui ne parviennent même pas à être performants en démagogie. Ils ont vraiment perdu la main., ces gredins Voici son mot de la fin, comme ça vous aurez l’essentiel si vous ne lisez pas son analyse (mais ce serait vraiment balot) : « Comme vous le voyez, plus que la question de la burqa, cette affaire pose le problème du respect de la loi par le gouvernement lui-même, qui a tendance à considérer les obstacles juridiques à son action politique comme d’insupportables tracasseries, alors que ce sont précisément des gardes-fous, qui n’ont décidément jamais aussi bien porté leur nom. ».

Je me sens moins proche de l’islam rigoriste que de l’islam ribériste et de ses pratiques cultuelles. Mais je suis contraint de réagir à cet acharnement minable de ministres qui le sont eux aussi (minables) envers le premier. Anne est une bonne française de souche qui s’est  convertie à l’islam tabligh. Elle accepte que son mari cohabite (l’expression est littéralement adéquate) avec d’autres concubines. Les enfants grandissent ensemble, grand bien leur en fasse. Certes, on peut critiquer le versement d’allocations familiales aux mères,  mais elles les reçoivent peut-être en parfaite légalité. Après tout, notre protection sociale encourage presque ce format familial. Bon, socialement, parlant la famille ne semble pas très intégrée à la communauté islamique locale qui avoue la trouver un peu fermée sur elle-même (Cf JDD de ce week-end) avec ses pratiques radicales et peu sociabilisantes.  Ce mode de vie n’est pas ma tasse de thé non plus, mais je trouve rigolo que la classe politique, réputée pour sa vivacité sexuelle et paraconjugale, lui jette la pierre. Allez, une dernière citation de Me Eolas pour la route : « On le sait, l’identité nationale française s’est bâtie sur la fidélité à un seul partenaire, et aucun auteur français n’aurait osé écrire une pièce de théâtre où un homme aurait plusieurs maîtresses. Ce n’est certes pas chez nous qu’on verrait deux femmes pleurer un président de la République à ses funérailles. »

La question fondamentale qui revient sans cesse et qui distingue deux camps manifestement incapables de se parler : pouvons-nous imposer à la femme ce que nous considérons être sa dignité en violant sa liberté ? Les positions respectives de ces deux camps sont-elles vraiment inconciliables ? N’est-ce pas faire de ces femmes de simples objets de nos propres préférences ? Ne pouvons-nous concevoir qu’une femme adulte n’accepte de vivre pleinement sa foi que brimée par un homme qui exploite ses faiblesses ? Pour avoir rencontré nombre de femmes profondément croyantes, avec des manifestations certes moins rebutantes que le voile intégral, je ne le pense pas. La vocation mystique ne s’impose pas comme on l’affirme, elle se choisit, s’assume et souvent évolue avec le temps et l’expérience. Et si, comme on le suppose, ces femmes sont violentées, il ne faut pas les brusquer davantage contre leur gré mais mettre à leur disposition les outils sociaux et juridiques pour en sortir si elles le souhaitent. Mais il ne semble pas que la question se pose, contrairement aux affirmations péremptoires de notre élite parisienne au pouvoir qui ne sort que trop rarement de la rive gauche pour aller s’encanailler dans les quartiers populaires.

Une fois de plus, le double piège vise les 5 à 6 millions de musulmans vivant en France et, pour la plupart, citoyens français. Chacun vit sa foi comme il l’entend, certains avec plus d’assiduité que d’autres, et parmi eux, un petit nombre sous des manifestations plus exotiques, pour ne pas dire plus sectaires que l’écrasante majorité des pratiquants (comme dans toutes les religions). Au départ,  ce type d’agression  politique ciblée oblige l’ensemble des musulmans à se prononcer sur son fondement. Entre la solidarité culturelle et cultuelle et le rejet de ces pratiques barbares, des millions d’individus hésitent et ne savent pas trop comment trancher cette épineuse question. Avec la multiplication des piques, des attaques, l’oppression unissant plus qu’elle ne divise, la réaction naturelle rassemble les diverses sensibilités qui finissent par faire front ensemble. Ainsi se taisent les critiques que les musulmans pouvaient exprimer par temps calme à l’égard de ces barbus barbants.

Ensuite, ces radicaux libres profitent de la perte de repères, d’identité des communautés islamiques en France pour séduire des individus un peu fragilisés. Même s’ils restent très marginaux, leurs manifestations sont très visibles. Leur force, c’est d’être ouvertement stigmatisés, histoire d’attirer les jeunes qui se sentent déjà rejetés par le système. En interdisant ces pratiques rares, le gouvernement fait un cadeau magnifique à ces mouvements sectaires en leur offrant une publicité efficace et gratuite. On ne lutte pas mieux contre cet équivalent arabo-musulman du Front National qu’on ne lutte contre le FN par la censure. Au contraire. Tout ce qui concentre le tir médiatique et politique sur ces groupuscules renforcent leur crédibilité auprès de tous ceux qui se sentent mal aimés. Et aujourd’hui, qui ne sent pas mal aimés par le pouvoir de notre petit caporal et de son duo de kapos Besson et Hortefeux (qui ne savent même pas qu’il n’y a plus d’allocation parent isolé depuis 2009, ni qu’on ne peut annuler une naturalisation plus de 10 ans après, qui plus est sans motifs juridiques) ?

Une fois de plus, quelques éléments de ce gouvernement sont consternants. Faut-il mettre les voiles avant qu’il ne soit trop tard ?

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