Cocktail de l’été : rom passion

Written by Aurelien Veron  //  18 août 2010  //  Droits de l'Homme, Immigration, Libertés  //  No comments

Roms

Le cocktail de propos gouvernementaux liant délinquance et immigration a copieusement utilisé le Rom pour prendre sa couleur ambrée tirant sur le brun (je frise le point Goodwin, je l’assume). Les « auvergnats » de Brice Hortefeux (seul condamné pour injure raciale jusqu’ici, une bonne partie du gouvernement risque maintenant d’y passer) n’étaient qu’un avant-goût de la déferlante actuelle anti-immigration. Même à droite, ça toussote un peu quand même devant cet acharnement de plus en plus explicitement xénophobe. Les élus de la majorité, plus prosaïques,  savent d’expérience que ces tirades vont surtout améliorer les chances de voir Marine le Pen au second tour en 2012 face à la gauche, bien plus qu’améliorer leur sort de plus en plus menacé.

Ce qu’on ne nous rappelle pas assez, c’est que depuis 8 ans que Nicolas Sarkozy occupe place Beauvau et ses alentours, on ne peut pas dire que la sécurité des Français se soit améliorée. S’en prendre à l’immigration ressemble furieusement à une tentative de détourner une fois de plus l’attention électorale des vrais enjeux sécuritaires et de l’échec de la politique passée. J’observe que la multiplication de nouvelles lois ne compense pas la mauvaise application des textes, ni non plus l’échec de notre politique pénale par les derniers gouvernements, de droite comme de gauche. Au final, les valeureux citoyens de notre beau pays adhèrent-ils au discours de Nicolas Sarkozy ? Le moins qu’on puisse dire , c’est qu’ils sont mitigés face aux mesures récentes du gouvernement, même à droite. Mais au fait, pourquoi les Roms ?

Au départ, tout est parti d’une vulgaire attaque de gendarmerie par quelques dizaines de « gens du voyage » énervés, Français et sédentaires, peu de temps après l’émeute de Grenoble.  Comparées aux images des manifs de  black blocs (vous savez, ces bobos à la recherche d’émotions fortes dont le hobby consiste à voyager pour aller brûler des villes et batailler avec la police) ou des agriculteurs en colère, les images sont pathétiques. Bon, je suis désolé pour les arbres sciés et espère que les responsables de ces violences seront condamnés à réparer leurs dégâts. Mais franchement, ils seraient recalés pour aller manifester lors d’un G20, à tel point que l’annonce de l’envoi de 300 militaires fait sourire, elle devait rentrer dans le plan de communication de l’Elysée pour tenter de remonter dans les sondages. Les Roms, qui n’ont rien eu à voir avec cette histoire, n’en finissent pas moins victimes collatérales de cet incident grossi et déformé (mais néanmoins choquant, il faut l’admettre). Ils constituent hélas le maillon faible de la vaste population des 300 à 400.000 « gens du voyage ». Ils font partie des 20 % d’étrangers parmi elle, ils restent nomades alors que la plupart ont choisi de se sédentariser, ils ne votent pas, ne parlent pas bien notre langue et sont mal perçus dans l’ensemble par les Français. Mais au fait, pourquoi les gens du voyage, ces manouches, tziganes, gitans, bohémiens et autres branches  arrivées d’Inde il y a des siècles pour la plupart suscitent-ils autant la méfiance ?

Tout le monde, au bistro du coin, se demande de quoi ils vivent, comment ils se payent leurs 4X4 Mercedes alors que la majorité d’entre eux pointe au chômage. Les clichés ont la vie dure, surtout s’ils contiennent une part de vrai comme nombre d’entre nous avons pu le constater en observant les moeurs étranges de ces gens du voyage que nous connaissons mal. Pourtant, nous avons tous en tête les immenses artistes manouches, de Biréli Lagrène, héritier de Django Reinhardt, à Tony Gatlif (et son excellent dernier film : « Liberté »). Et puis le rempaillage de chaises,  l’animation des fêtes foraines, les concerts, la vente de métaux et les autres petits trafics viennent compléter les allocs probables qu’ils touchent comme beaucoup de Français qui bricolent pour profiter tant bien que mal.de notre système. Pour ma part, si on évoque des personnes qui n’ont jamais habité dans leur propre maison, qui ont vécu de menus larcins et se sont servies sur le dos de la collectivité, dont le patriarche fait la loi et dont la femme fait la manche pour ramasser des pièces jaunes, je pense d’abord…

aux Chirac. Certes, un citadin a moins de soucis qu’un habitant d’un petit village et ne subit pas de la même manière l’arrivée de nomades sur une aire d’accueil ou squattant un champ/parking non sollicité. Si les Chirac roulent en DS d’Etat plutôt qu’en Mercedes, lnous avons tous dû cotiser pour les loger tout au long de leur vie comme pour financer aujourd’hui l’installation d’un terrain d’accueil des autres gens du voyage encore nomades avec l’eau, l’électricité que certains d’entre nous avons parfois du mal à payer pour nous-mêmes. Cette obligation (souvent non respectée) n’est pas pour adoucir les relations entre nomades et sédentaires contraints à la solidarité. Il faut d’ailleurs ajouter que certains profitent de l’arrivée de ces gens du voyage pour voler ce qu’ils enviaient depuis des lustres, envenimant astucieusement la situation. Enfin,  il est vrai que les camps de gens du voyage hébergent leur lot de brigands qui vivent de trafics illicites (d’ailleurs, ceux qui étaient l’objet de poursuites viennent se faire offrir le ticket de retour temporaire en Roumanie, le temps des vacances, mais aussi la fin de leurs ennuis judiciaires, les juges n’ayant pas le temps ni les moyens de retrouver les mis en examen sur une route perdue quelque part en Europe : bravo Sarko !), comme la classe politique abrite un taux important de cumulards de revenus, de profiteurs d’appartements de fonction, de personnel aux ordres, de remboursements de frais sans limite, quand ce ne sont pas des subventions détournées sans risque de sanction grave comme Jean-Paul Huchon a pu le constater.

A la différence du Rom nomade, l’homme politique parachuté connait les codes et sait s’implanter avec intelligence, quitte à corrompre les bonnes âmes hélas trop sensibles aux cadeaux électoraux financés sur le dos des autres. Après tous les scandales politiques de l’été, il est utile de rappeler que la fraude et la violence ne sont l’apanage ni des manouches, ni des immigrés., ni des personnalités politiques (quoique), ils sont hélas banalement humains. Une politique sécuritaire doit chercher à sanctionner rapidement et efficacement tous les responsables de crimes et délits. Pas à punir des communautés pour les agissements de quelques uns de leurs membres, fussent-ils statistiquement un peu plus nombreux, au sein de leur communauté, que la moyenne générale. Quant à l’idée d’étendre la déchéance de la nationalité (déjà prévue par la loi) aux auteurs de nouveaux actes spécifiques,, aussi graves soient-ils elle permet de banaliser le fait que les Français ne disposent pas des mêmes droits selon leur origine, idée qui vient contredire le principe d’égalité de tous devant la loi de manière choquante.

Allez, il ne faut pas désespérer. Notre gouvernement a si férocement défendu la Halde (et sa présidente dont le traitement, même sans être doublé grâce la vigilance du canard Enchaîné, la classe tout de même parmi les 1 % de Français les mieux payés du pays) que j’ai bon espoir qu’il se condamne lui-même pour ces mesures brutalement discriminatoires. Vous n’y croyez pas ?

Leave a Comment

*

comm comm comm