« Et pourquoi pas le mariage avec des animaux ? »
Written by Aurelien Veron // 23 juin 2011 // Atlantico.fr, Libertés, Publications, Questions sociétales // No comments
Lors d’un débat sur le mariage homosexuel à l’Assemblée Nationale, cette contribution lapidaire (vite retirée) a offert à une députée UMP son quart d’heure de célébrité. Brigitte Barèges a sans doute exprimé tout haut ce que nombre de nos élus pensent tout bas. Sans surprise, la proposition de loi du PS sur la question a donc été rejetée malgré les voix favorables de plusieurs députés UMP et centristes, dont le jeune Franck Riester, proche de Jean-François Copé. Après cet échec, la France reste l’un des derniers pays d’Europe à ne pas accorder le droit de se marier aux couples de même sexe. Le vote de nos élus butte sur la suite logique du mariage : la parentalité.
Les Français sont favorables au mariage homosexuel
Une fois de plus, la classe politique n’est pas en phase avec l’opinion publique. Fin 2009, un sondage BVA indiquait que de 64 % des questionnés étaient favorables au mariage entre personnes de même sexe (contre 48 % en 2000). Le même sondage révélait un taux de 57 % de personnes également favorables à accorder le droit à l’adoption aux couples homosexuels (contre 48 % en 2002). Ces questions ne sont pas pour autant simples à traiter. Malgré une majorité favorable, la question soulève encore un clivage fort. Plus pour longtemps, compte tenu de son très large soutien chez les jeunes.
Un point rassemble les Français, qu’ils se déclarent opposés ou favorables au mariage homosexuel : la famille. Or, le modèle familial a évolué et apparait de moins en moins contradictoire avec l’homosexualité. La banalisation des familles recomposées nous a habitués à la diversité des configurations familiales. Avoir un enfant n’est plus non plus une priorité systématique pour nombre de couples. Lorsque Christian Vanneste parle de l’homosexualité comme une « menace pour la survie de l’humanité », il devrait plutôt s’inquiéter du comportement des occidentaux dont les priorités ont évolué avec l’amélioration des qualités de vie. Sa préoccupation devrait l’inciter à favoriser tous les désirs de former une famille stable et durable en vue d’avoir des enfants, fussent-ils ceux de couples homosexuels. Le PACS a réglé des aspects patrimoniaux et fiscaux importants, mais cette procédure se déroule au tribunal, sans la cérémonie du mariage civil. Certes, le PACS peut être amélioré. Mais pourquoi alors conserver deux procédures si elles doivent être quasi semblables?
Sécuriser l’avenir des enfants de familles homoparentales
Plus sérieusement, il est triste de voir l’Etat rester insensible à la question de l’homoparentalité qui existe déjà de fait. Ce déni de réalité met en péril l’équilibre patrimonial et affectif d’enfants dont les parents de même sexe se séparent après des années de vie commune, l’un n’ayant actuellement aucun droit de visite sur l’enfant pourtant aimé et accompagné tout au long de l’enfance, parfois depuis la naissance. Les estimations actuelles établissent le nombre d’enfants qui ont au moins un parent homosexuel entre 200,000 et 400,000, qu’ils soient nés de couples hétérosexuels préalables, adoptés, fruits d’une procréation artificielle ou par le biais d’un « porteur volontaire ». Il apparaît important d’encadrer ces situations pour protéger les droits des enfants, ainsi que ceux de leurs parents autant légitimes qu’adoptifs. L’Etat est censé protéger les droits de tous, pas d’exclure des minorités de son champ d’action.
Nombre de couples homosexuels construisent ensemble des parcours de vie sur de longues années, des décennies. Ces adultes ne méritent-ils pas le même respect des pouvoirs publics que les autres ? L’Etat s’étant approprié l’institution du mariage, devenue laïque, au nom de quoi peut-il encore la refuser à des couples qui partagent l’ambition de construire un foyer, d’avoir des enfants et de les faire grandir dans le respect de la république ? Que l’Etat le veuille ou non, la société se construit d’abord par les choix des individus qui la composent, et pour lesquels la famille reste la clef de voûte de tout l’édifice social. Son rôle n’est pas de trier les bonnes pratiques en fonction des choix personnels de ses dirigeants, mais de suivre les pratiques sociales et de les encadrer pour en protéger les acteurs. Il est dommage que la droite prenne en otage les enfants de couples homoparentaux au nom d’un prétendu ordre social qui la dépasse largement.






