Mesures d’austérité du gouvernement : taxer plus pour gagner moins

Written by Aurelien Veron  //  25 août 2011  //  Dette, Economie, Fiscalité, Nouvel Obs, Publications  //  2 Comments

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Publié dans le Nouvel Obs du 25 août 2011

Le gouvernement a enfin pris conscience de l’existence d’une crise des déficits publics. C’est à peu près le seul message positif qui ressort du plan d’assainissement des comptes publics présenté par le Premier ministre. La liste à la Prévert de mesures hétéroclites relève surtout du symbole. Après un déficit de 148,7 milliards en 2010 et une moyenne de 53 milliards d’euros sur les 20 dernières années, ces 11 milliards nous laissent loin du compte.  Cette annonce laisse surtout un goût amer. Sur 11 milliards d’efforts, 10 vont concerner les ménages et les entreprises, 1 l’État. Cela signifie que le gouvernement n’a pas encore saisi l’ampleur de la tornade qui se rapproche, et que l’État n’est pas encore prêt à se remettre en question.

Boire un whisky-coca en fumant une clope deviendra un peu plus un luxe. Sauf à passer par la contrebande qui a de beaux jours devant elle. Certes, rien ne justifiait une TVA réduite à 5,5 % sur les sodas (pas plus que l’actuelle TVA réduite dans la restauration). Le discours du Premier ministre se veut d’abord paternaliste, infantilisant : le vice n’est pas bon, il doit être davantage pénalisé. Pourquoi ne pas alors envisager de légaliser la production et la distribution d’un produit hélas trop courant, le cannabis ? Il y a certainement plusieurs centaines de millions d’euros de taxes à la clef, et autant d’économies dans la lutte contre les dealers.  En contradiction avec son discours moralisateur, le chef de famille Fillon ne donne pourtant pas le bon exemple. La plupart des mesures annoncées vont directement réduire le pouvoir d’achat des Français. Mais l’État, lui, ne change en rien son train de vie.

Le double message envoyé aux Français confirme la politique menée depuis 4 ans : « bricolage et dérapages ». Depuis 25 ans, c’est devenu le slogan de la droite face à une gestion un peu plus rigoureuse de la gauche, et personne n’a pas vu la « rupture » annoncée depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Si la droite gagne une fois de plus malgré son bilan, ce sera vraiment par défaut. La hausse de la fiscalité sur les très hauts revenus ne rapportera pas grand chose. Elle envoie un signal ambigu. La richesse rejoint une fois de plus le rang des vices qu’il faut expier par le chéquier. Mais pour quel résultat ?  Après 4 années de nouvelles niches, boucliers, annulations, allègements, cette mesure sur la fiscalité des couches aisées et très aisées ne va pas brusquement modifier l’opinion des Français à leur égard. Et cette instabilité est finalement aussi préjudiciable qu’une pression fiscale excessive.  L’exode des plus riches et la l’envie déclinante d’entreprendre ne vont pas se retourner. Avant de rajouter des tranches, des couches et de relever les niveaux, réduire l’opacité en supprimant des niches fiscales aurait un bien meilleur impact.

Enfin, l’essentiel reste à faire, comme l’exprime bien Maurice Lévy dans sa tribune parue dans Le Monde. L’Etat doit réduire et se moderniser. Les mesures de libération de la croissance et de l’emploi doivent devenir prioritaires. Sans amélioration de notre compétitivité, sans suppression des carcans qui brident notre tissu de PME, le remboursement de notre dette n’est pas réalisable. Ce ne sont pas des aides spécifiques dont nos entreprises ont besoin, mais de simplifications, de marché du travail flexible, de coût moindre du travail peu qualifié et de la fin des cloisons corporatistes. Quand le gouvernement se mettra-t-il au travail après 4 années de perdues ?

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