Et si l’Allemagne faisait sécession de l’euro du sud ?
Written by Aurelien Veron // 31 août 2011 // Dette, Economie, Fiscalité, International // 8 Comments
L’idée n’est pas sortie de l’imagination fertile de notre phare de la pensée économique, Frédéric Lefèbvre, expert de Karl Marks & Spencer, mais du patron du Medef allemand, Hans-Olaf Henkel. Dans une tribune remarquée dans le Financiel Times cette semaine, il annonce la couleur :
« Having been an early supporter of the euro, I now consider my engagement to be the biggest professional mistake I ever made.«
Cette personnalité éminente du monde économique allemand est convaincue que les jours de l’euro actuel sont comptés. Chef de file d’un groupe de 50 chefs d’entreprise, il n’a pas signé une pétition pour demander le fouet et la hausse des impôts comme en France, mais l’annulation constitutionnelle du plan d’aide à la Grèce. Comme quoi, le sens de la responsabilité est aussi davantage développé Outre-Rhin que chez nous où la classe politique est toujours d’une grande générosité avec l’argent d’autrui.
Son message indique explicitement que des cercles influents réfléchissent à un recalibrage de l’euro autour des seuls pays du nord, c’est à dire ceux qui connaissent le sens du concept de rigueur. Cela signifie que le glissement d’Angela Merkel sous la pression européenne et les dérapages de la BCE inquiètent les Allemands dans leur ensemble, du SPD au FDP en passant par la CDU-CSU.
A “haircut” would not improve Greece’s competitiveness either. Soon, the Greeks will have to go to the barber again. Anyway, we now talk also about Portugal, Spain, Italy and, I am afraid, soon France
Et pas de bol pour nous les Français, l’auteur de l’article nous classe dans la famille des pays du sud, cette zone où les cigales chantent tout l’été et font la manche automne, hiver et printemps. De l’Union de l’Euro, nous sommes passés selon lui à l’Union de la Dette, l’Union des Transferts. Et ce n’est pas du goût de ceux qui se sont réformés, ont maintenus leurs salaires pendant les années fastes afin de préserver une compétitivité intacte. Cette menace devrait être prise très au sérieux par Nicolas Sarkozy et la majorité. Les branquignoleries de Fillon et sa bande de farfelus ne devrait plus nous faire rire. La grande question reste celle de l’alternative entre le repli sur les Etats-Nations ou l’accession à une vraie fédération européenne, d’esprit germanique en ce qui concerne l’inflation et la rigueur budgétaire bien entendu. C’est l’option défendue par Joschka Fischer, pas vraiment un libéral (quoi que, à côté de l’UMP…).
N’ayant aucune confiance dans nos gouvernants pour aller seuls dans le bon sens, alors que j’observe une évolution favorable plus au nord de notre pays, je penche pour la fédération européenne. Je comprends les motifs de Hans-Olaf Henkel, mais je vois mon intérêt dans une Europe fédérale, sachant que ce nouvel Etat suprême ne manquerait pas de susciter de la méfiance chez les citoyens qui le composent. Ce réflexe naturel ne manquerait pas, comme aux Etats-Unis, d’encourager une culture anti-Etatiste. Celle-ci n’empêche certes pas des lois iniques et des dérapages, elle tend à les limiter fortement. Perdons une partie de notre souveraineté dans les domaines que nos gouvernements n’ont jamais su assurer correctement. Je fais davantage confiance à l’Europe pour limiter impôts et dépenses publiques qu’à la France et aux pays de culture socialiste.
Nous ne sortirons pas de la crise sans avoir tranché ce débat fondamental.







8 Comments on "Et si l’Allemagne faisait sécession de l’euro du sud ?"
HartIV : http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9formes_Hartz#Loi_Hartz_IV
Polémique sur les droits de l’homme : http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9formes_Hartz#Pol.C3.A9mique_sur_les_droits_de_l.27homme
Interview de Götz Werner : http://blogs.mediapart.fr/edition/les-francais-letranger-de-mediapart/article/280810/1000-pour-chacun-du-nourisson-au-vie
L’Allemagne ne force personne à travailler à 1 € de l’heure, c’est quoi ce délire ? Les indemnités chômage sont plus faibles qu’en France, les charges sociales également.
Je ne pense pas qu’il faille se pencher exclusivement sur la question monétaire, ni qu’une fédération ne pourrait être une bonne direction. Mais la question monétaire se pose et étant donné l’iniquité de la solution monétaire en vigueur une analyse des phénomènes exclusivement fondée sur cette monnaie, qui fait partie des causes du problème actuel ne peut être valable.
Après il me semble bon que certains se préuccupent de la question monétaire, sans quoi qui le fera ? Quant à penser qu’on puisse résoudre tous les problèmes avec cette seule question certainement que non. Mais à contrario penser qu’il y a des solutions acceptables qui ne prennent pas en compte l’aspect monétaire sous son angle systémique, c’est prétendre solutionner un problème au sein d’un paradigme erroné. Ca ne peut pas fonctionner.
Les analyses qui ne remettent pas en cause les fondements erronés du système qui faillit ne peuvent apporter de solution acceptable.
Je ne vois pas beaucoup de choses à regarder ce que fait l’Allemagne qui prétend obliger à travailler ses citoyens à 1 € de l’heure (Hartz IV). Un gouvernement qui traite ainsi ses citoyens peut prétendre au statut d’esclavagiste.
Pour les mêmes raisons la fédération nordiste a combattu la fédération sudiste aux USA. Qui ne voit pas que se joue ici et maintenant un sujet aussi peu discutable que le simple respect des libertés individuelles ?
Qui prétend vouloir « faire travailler » autrui sans son consentement par des moyens de pression si ce n’est l’Allemagne comme elle le fait avec les Grecs ?
Ce n’est pas acceptable. Il n’y a rien dans ce pays là qui soit acceptable dans son rapport avec les hommes. Ce pays respecte aussi peu la vie humaine que la Chine.
Tu rêves de révolution, de bouleversement monétaire. Sur le fond, tu as peut-être raison. Mais la réalité ne va pas dans ce sens. Si nous devions changer de système monétaire, ce ne serait pas dans le sens que tu espères, car les pouvoirs ont tous et toujours voulu conserver la main dessus.
L’Allemagne connait une croissance fondée sur les exportations. Les Etats-Unis ont eu des années de croissance en important. Bref, il n’y a pas de règle unique pour bénéficier d’une belle croissance. Bien entendu que les questions monétaires resteront. Mais nous resterons inaudibles en nous focalisant exclusivement dessus comme tu le fais.
Maintenant, les Américains ont une histoire propre, la France et l’Europe ont la leur. Et au vu des drames des 100 dernières années, je penche pour une fédération. La France n’est pas assez petite pour devenir un pays flexible comme la Suisse ou les Pays-Bas. Elle est trop petite pour s’affirmer face aux grandes puissances. Résultat, nous stagnons sans nous remettre en question.
« Sur le fond, les résultats de l’économie allemande montrent aux Français que le chômage n’est pas une fatalité malgré la crise »
Ce raisonnement est faux. Il suffit de trouver la réponse à la question simple = « est-il possible que tous les pays soient en excédent ? ». En première question.
Ensuite un échange économique y compris entre pays est par définition un échange. Par la volonté d’imposer ses vues à autrui, ce qui est contraire au libéralisme. Si un pays vend, sans savoir ce qu’il souhaite acheter en retour, ou sans vouloir réaliser un échange, mais en prétendant qu’il peut, une foisd vendu imposer ses vues à autrui pour le forcer à réaliser ce qu’il souhaite obtenir en « échange », au lieu de simplement prendre ce qu’autrui lui offre on est dans la coercition, la dicatuture, la violence, la source de tous les conflits.
Il s’agit d’une ignorance manifeste de la nature d’un échange libre. Autrui n’a pas ce que l’on souhaite obtenir en échange de ce qu’on prétend lui offrir ? Mais alors pourquoi avoir initié l’échange ? Il ne fallait pas c’est tout.
« de même que la BCE s’inspire de la politique de l’ex Bundesbank, une union fédérale ne pourrait que se fonder sur la rigueur économique germanique »
En quoi le fédéralisme serait une solution à l’argent-dette, à un système de fausse monnaie, un système dont les tenants prétendent imposer leurs vues et leurs définitions de ce qui est valeur ou pas à autrui ?
En quoi le fédéralisme a-t-il pu éviter les crises aux USA par exemple ? En Suisse même ? Au contraire c’est bien la création de monnaies libres comme le WIR en Suisse qui a permis de juguler les crises monétaires, ce n’est pas le fédéralisme en particulier. Ce sont deux sujets qui n’ont rien à voir.
En prétendant que c’est le fédéralisme qui permettrait de résoudre le problème d’un système monétaire, un système de compensation des échanges, on ne remet en rien en cause la nature de cette fausse monnaie, et on ne fait que repousser la poussière sous un tapis plus grand, laissant la résolution du problème à la prochaine génération, dans 20 ou 40 ans, passé un nouveau cycle de création de fausse monnaie, laissant des parasites, banquiers et fonctionnaires, décider pour les autres de ce qui est censé correspondre à leurs aspirations économiques.
Tout ceci est très éloigné de la volonté de respecter les libertés individuelles.
C’est est l’opposé même. C’est la volonté de préserver les privilèges indus d’une caste déterminée contre tous les fondamentaux qui placent la liberté économique individuelle comme base.
Et comment se développe cette fausse conception du libéralisme ? Prétendant définir des valeurs absolues comme ce qui est monnaie et ce qui ne l’est pas, ce qui est valeur et ce qui ne l’est pas, ce qui est propriété et ce qui ne l’est pas, ignorant que toute définition d’objets économiques doit se faire sur la base des libertés qui sont non-nuisance, cette fausse vue se développe en croyant que sur la base de concepts absolus définis en dehors de la définition des libertés pourrait mener au respect des libertés.
Le résultat en est un résultat expérimental manifeste. Les libertés des générations présentes bafouées, celles des hommes de demain et d’après demain absolument pas respectées, menant à des crises, des révoltes, des guerres et des insurrections légitimes.
Les systèmes logiques non basés sur les libertés définissent des concepts qui ne sont pas compatibles avec les libertés avec des résultats conformes au non-respect des libertés.
Les individus qui prétendent légitimer la direction que doit suivre autrui ne peuvent prétendre au titre de « libéral ». En aucune façon.
Un sondage récent montre que les Français font davantage confiance à Angela Merkel qu’à Nicolas Sarkozy pour les sortir de la crise. Et pourtant, la chancelière n’a pas de vision, el elle est loin d’être la plus réactive. Elle avance laborieusement, tirée par la France d’un côté, par sa coalition fragile de l’autre. Sur le fond, les résultats de l’économie allemande montrent aux Français que le chômage n’est pas une fatalité malgré la crise. Bref, de même que la BCE s’inspire de la politique de l’ex Bundesbank, une union fédérale ne pourrait que se fonder sur la rigueur économique germanique. Je ne fais évidemment aucune référence à notre histoire. Je crois inutile de ressortir les drames du XXeme siècle sur ce point.
« l’accession à une vraie fédération européenne, d’esprit germanique »…
D’esprit germanique… Tu te rends comptes réellement de ce que tu écris vis à vis de l’histoire ou pas ?
« Nous ne sortirons pas de la crise sans avoir tranché ce débat fondamental »
Quel « fondamental » ?
Ce système monétaire à effet de levier banco-étatique est nul et non avenu. Ces dettes sont illégitimes. La création de monnaie par dettes à effets de levier est un crime contre l’humanité et sera jugé comme tel.
Ceux qui pensent nous imposer leurs vues et leurs « solutions » aux problèmes « fondamentaux » qu’ils posent d’eux mêmes ont de la compréhension de la notion de liberté un poit de vue dont on ne peut espérer qu’il n’existe que dans la confusion et l’ignorance.
Que dire de ceux qui le comprennent en toute clarté ?
Ma foi, existe–t-il une autre possibilité que d’en voir la causalité directe et indirecte !?
Triste époque qui nous ramène à des précédents cycliques, pour des raisons similaires…
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