Laurent Wauquiez, grand malade ou visionnaire ?

Written by Aurelien Veron  //  16 novembre 2011  //  Economie, Emploi  //  5 Comments

La raie maladie

Laurent Wauquiez est-il suicidaire, ou bien suit-il une stratégie (très) audacieuse ? Ce jeune loup de la politique s’était déjà démarqué du discours bisounours habituel du monde politique en dénonçant le « cancer de l’assistanat« . La formule n’était pas heureuse, elle avait néanmoins eu le mérite de rouvrir ce débat qu’on cherche tant à ignorer à droite comme à gauche. Autrement formulée, la politique d’aide sociale tue les défenses immunitaires des plus fragiles face aux difficultés de la vie. Le débat introduit par cette provocation n’était pas si stérile que ça. C’est même l’une des causes essentielles du délitement de notre société de défiance et du déclin de notre modèle social.

Aujourd’hui, ce même Wauquiez a déclaré sur ce ton faussement candide qui fait sa marque de fabrique : « être payé quand on est malade, ce n’est pas responsabilisant« . La formule a déclenché une véritable hystérie sur Twitter. Là encore, Wauquiez a le courage de toucher à un tabou. La mesure concerne les courts arrêts maladie, rhume, grippe ou torticolis. Beaucoup de salariés, dans le public comme dans le privé, se demandent pourquoi aller au bureau lorsqu’on se sent un peu faiblard et « qu’on y a droit ». L’ennui, c’est que ces arrêts courts coûtent cher (une partie des 9 milliards d’euros annuels que représentent les arrêts maladie) non pas à Laurent Wauquiez, mais à l’ensemble des actifs qui cotisent cher pour leur assurance maladie. Très cher, même. Un salarié est obligé de verser 25 % (en plus) de son salaire net en assurance maladie, à laquelle il ajoute, lorsqu’il le peut, une mutuelle (surtaxée) pour, au final, bénéficier d’une couverture médiocre et d’un accès aux soins qui se dégrade. La piste consistant à distinguer les petits soins des thérapies lourdes constitue l’une des principales voies de réformes de la santé partout dans le monde. Sa proposition n’est donc pas absurde, loin de là. C’est même l’avenir d’une sécu moderne.

Petit à petit, chacun devrait être amené à garder à sa charge les soins légers et les arrêts maladie courts, quitte à cotiser à une mutuelle pour cette couverture optionnelle. C’est ce genre d’évolutions qui évite, comme l’a très bien dit Wauquiez, que « Du coup, on a un peu l’impression que la sécurité sociale est quelque chose sur lequel on peut tirer sans qu’il y ait un impact ». Quant à l’assurance obligatoire pour tous, elle ne garde alors à sa charge que les problèmes lourds et coûteux : urgences, hospitalisations, thérapies lourdes, etc. Bref, la formule n’est pas un exemple de marketing réussi malgré les efforts de communication du gouvernement, elle ne pouvait que s’attirer les foudres des meutes à la pensée planquée dans le slip. Ce n’est pas très grave, l’idée restera.

Le gouvernement n’a hélas pas profité du scandale pour régler une bonne fois pour toutes une injustice flagrante : aligner le nombre de jours de carence (non pris en charge par la sécu) du secteur public sur celui du secteur privé. Si les fonctionnaires du secteur public vont enfin pouvoir découvrir ce principe du jour de carence, ce sera à l’unité tandis que les salariés du secteur privé en auront 4. La convergence nécessaire des statuts du secteur privé et public passe pourtant par ce type de mesures d’équité. Dommage.

5 Comments on "Laurent Wauquiez, grand malade ou visionnaire ?"

  1. Aurelien Veron 18 novembre 2011 à 8 h 45 min ·

    Ce n’est pas parce que la sécu ne rembourse pas aussi bien certains soins ou certaines prestations que les gens ne se soignent plus. Heureusement, parce que la sécu ne rembourse pas bien les prothèses dentaires, les lunettes et lentilles.
    Ensuite, si les frais de gestionde la sécu sont plus faibles, c’est parce qu’elle ne gère rien justement. Notre offre de soin n’est absolument pas coordonnée ni optimisée. La prévention et les incitations intelligentes n’existent quasiment pas. Les médecins ne sont pas évalués, ni contraints à se former au cours de leur carrière. Bref, il serait ausst intéressant d’ouvrir le débat sur notre modèle de remboursement.
    Pour revenir au débat, la santé au quotidien est pour l’essentiel affaire personnelle. Se soigner a un coût, rester au lit un jour ou deux en fait partie. Le coût de la sécu est élevé, et ajoute à celui de la retraite, il retire l’essentiel du pouvoir d’achat des actifs, au Smic ou à des salaires plus élevés, pour des prestations qui ne sont pas à la hauteur du prix exigé. La question, en amont, c’est de savoir si on prolonge ce modèle social qui tombe et plombe le pouvoir d’achat des actifs.

  2. Deadbydawn 17 novembre 2011 à 12 h 32 min ·

    Je n’établis pas non plus de liste, je dis seulement que laisser à la charge des assurés des soins bénins, et donc de ne pas les soigner, peuvent avoir des externalités négatives qui annulent en partie les économies réalisées. Et encore, quand je dis bénin : des maladies qui vous clouent au lit pendant plus deux jours ne sont pas bénins en général,et n’augurent pas d’une grande productivité au travail. Ce qui est simpliste, c’est bien d’augmenter les jours de carences sans considérer justement le cas par cas.
    La santé des individus est un bien commun, et qui ne relève pas seulement de la conduite individuelle. Comment un individu, et a fortiori une entreprise, peut-il juger s’il est apte à aller travailler ? Vous occultez encore la place des médecins dans ce schéma, qui seuls devraient savoir dire s’il bon que le patient reste chez lui ou pas, et les sanctionner (ou leur donner une prime) s’ils sont négligents (ou efficace) avec les deniers publics.
    Quant au coût de la sécu, je vous laisse lire ceci : suivant la cour des comptes, les frais de gestion s’élèvent à env. 6 %, 24% pour les assurances complémentaires : http://social.societal.free.fr/?p=491 ou http://www.senat.fr/rap/r07-385/r07-3850.html.
    Enfin, vous dîtes que ce n’est pas lourd à porter à l’échelle individuelle : http://www.mutuelles-de-france.fr/accueil-article.php?id=212.
    On tend à ce qu’on ait un remboursement en forme de U : les plus pauvres et indigents et les plus riches sont bien à très couverts (CMU, soins gratuits pour les premiers, assurances complémentaires généreuses pour les seconds) et cependant que la classe moyenne voit la qualité de soins se réduire. Avec un smic ou même un salaire médian, il est difficile se payer une complémentaire de santé digne de ce nom.

    Après, on peut effectivement réfléchir sur l’assiette de financement, j’en conviens. Mais détricoter la qualité des remboursements de manière uniforme, c’est choisir la facilité.

  3. Aurelien 17 novembre 2011 à 11 h 18 min ·

    C’est un point intéressant. Mais je ne cherche pas à établir la liste des causes d’arrêt maladie et du risque contagieux de chaque catégorie (dont la prise en compte peut aboutir à privilégier la contagion potentielle entrainant un fonctionnement ralenti prolongé, à une absence qui rompt la continuité du travail d’une petite équipe; la solution n’est pas si simple en général), ces questions relèvent de l’individu, de l’entreprise et de la mutuelle (que j’aimerais d’ailleurs voir prendre la place de la sécu sous la forme d’assurances à plusieurs étages, l’un obligatoire et universel, les autres optionnels; cela améliorerait considérablement la gestion de l’offre de soins, la prévention, etc.). C’est d’autant plus le cas qu’il ne s’agit pas de cas lourds difficiles à supporter à l’échelle individuelle. Le lourd et coûteux monopole de la sécu devrait servir à ne couvrir que les coûts de soins que les individus ne sauraient couvrir seuls.

  4. Deadbydawn 17 novembre 2011 à 10 h 51 min ·

    Votre illustration ruine toute votre argumentaire : contrairement à une assurance classique, où la franchise doit effectivement conduire l’assuré a se comporter plus prudemment, notamment pour les petits dégâts, il y a une asymétrie fondamentale pour ce qui est des jours d’arrêt-maladie. Ceux-ci sont en théorie donnés par le médecin s’il les estime nécessaires, pour le bien du patient, et pour celui de la collectivité (risque de contagion). Ce n’est pas le malade qui s’imprime et remplie ses feuilles d’arrêt à sa guise. Les jours de carences ne servent donc en aucun cas à infléchir un comportement pour lequel on n’est pas responsable, mais seulement à faire des économies au détriment du malade (une version complotiste serait ; à détruire la sécurité sociale au profit des assurances privées, qui doivent avoir vos faveurs, ceci dit). Ces économies sont bien illusoires de surcroît, étant donné qu’une maladie bénigne mal soigné ou très contagieuse mais courte (une bonne grippe dure souvent 3 jours maxi) peut occasionner des coûts supplémentaires par la suite, sans parler de la baisse de productivité ponctuelle pour l’entreprise (mieux vaut souvent se réorganiser trois jours que d’avoir un maillon faible qui se traîne ou qui n’est pas concentré sur son travail).
    Les jours de carences ne devraient donc en réalité pas exister, et le gouvernement n’a hélas pas profité du scandale pour régler une bonne fois pour toute une injustice flagrante : aligner le nombre de jours de carence (non pris en charge par la sécu) du secteur privé sur celui du secteur public, c’est à dire zéro.
    Ce « débat » est écœurant, car il fait porter la responsabilité et la suspicion sur les seuls assurés, qui ni peuvent rien (ou, s’ils y peuvent quelque chose en réclamant des jours d’arrêts de convenance, ne devraient pas être en position de les obtenir), et non sur les médecins, pourtant au coeur du système (responsabilité augmentée avec la notion de médecin-traitant). Si des jours d’arrêt-maladie indus sont prescrits, c’est bien le médecin qui est fautif de préférer son client au bien commun. Étant in fine payé par la collectivité, on devrait plutôt sanctionner le médecin trop négligent plutôt que de toujours s’en prendre aux salariés. (ou y a t-il des arrière-pensées électoraliste d’un président qui est pourtant dans l’Action, et pas du tout en campagne ?)

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