Travailler le dimanche permet-il de créer de la valeur et des emplois ?

Written by Aurelien Veron  //  17 octobre 2012  //  Atlantico.fr, Economie, Entreprise, Publications  //  No comments

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Suite à une plainte de Force Ouvrière (FO) au nom du repos dominical, une dizaine de magasins Décathlon n’ouvriront plus leurs portes le dimanche, faute d’autorisation préfectorale. Au regard de la situation économique, l’interdiction d’ouverture des magasins non-alimentaires le jour du Seigneur semble perdre son sens.

Atlantico : Suite à une plainte du syndicat FO, dix magasins Décathlon vont être obligés de fermer. Mettant en avant l’absence d’autorisation préfectorale obligatoire de ces magasins, le syndicat dit vouloir protéger à tout prix le repos dominical « culturel » des employés français. En pleine crise et avec une croissance à zéro, l’autorisation d’ouvrir le dimanche pourrait-elle créer de la valeur ?

Aurélien Véron : Bien que le CREDOC (NDLR : Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) ait publié une étude qui soutient que l’ouverture des magasins, et notamment des grandes surfaces ne produirait pas vraiment de valeur supplémentaire, je crois que les commerçants sont les mieux placés pour juger de ce qu’il en est. Entre une bureaucratie qui ne contrôle et ne produit aucune valeur et des entrepreneurs ou des gestionnaires qui sont sur le terrain, qui savent où est l’argent et qui comprennent les attentes des consommateurs, je fais confiance à ceux qui mettent leurs billes sur la table. Économiquement, quand des commerces ou des entreprises veulent travailler, ils savent ce qu’ils font. On peut toujours imaginer qu’il existe des commerçants masochistes qui veulent perdre de l’argent, mais c’est peu probable.

Ces ouvertures pourraient-elles créer de l’emploi ou au contraire ne feraient-elle qu’empêcher les employés d’avoir du temps libre ?

Il y aurait forcément de la création d’emploi si l’on étendait les plages horaires de travail. Il est évident que la plupart des gens continueront de ne pas travailler le dimanche et de profiter de leur vie de famille. Cependant, il y a aussi des personnes qui seront volontaires pour travailler le dimanche, des jeunes gens qui sont célibataires, qui n’ont pas d’enfant et dont les habitudes de vie sont différentes. On peut également penser aux personnes plus âgées qui n’ont plus d’enfants à la maison et qui sont déchargées d’obligations familiales durant le weekend. Il existe des populations intéressées par le travail dominical et elles sont complémentaires aux populations qui, elles, souhaitent travailler du lundi au vendredi.

Penser que le marché de l’emploi est un gâteau dont on réduit les parts en faisant travailler plus de gens est une vision malthusienne, c’est celle des 35h et du découpage du travail mais ça n’a jamais fonctionné comme ça. Il existe des attentes très diverses de la part des salariés qui correspondent à des habitudes de vie différentes. Il ne faut pas croire que tout le monde attend de la société de vivre dans la norme pour la simple et bonne raison qu’il n’y a plus de norme. La vision du travail du lundi au vendredi de 9h à 19h ne correspond plus au mode de vie des Français. Il est évident que le dimanche restera le plus souvent chômé mais interdire complètement l’ouverture des magasins est un facteur clair de destruction d’emploi. Cela ne veut pas dire que les plages horaires de travail par personne seront plus longues mais simplement que plus de gens travailleront.

Permettre aux grandes surfaces d’ouvrir ne risquerait-il pas de nuire aux petits commerces que fréquentent habituellement les Français le dimanche et donc de créer de la valeur et de l’emploi pour en détruire ?

C’est un faux argument puisqu’en réalité l’essentiel des commerces de proximité et des marchés ouverts le dimanche vendent des produits alimentaires. Or, les grandes surfaces alimentaires ont déjà le droit d’ouvrir le matin. Il s’agit donc là d’une profonde injustice. Pourquoi des grands magasins de meubles ou d’équipements comme Ikea ou Conforama ne pourraient-ils pas ouvrir ? Sans parler des grandes enseignes de luxe comme le magasin Vuitton des Champs-Elysées. La plus belle avenue du monde, la plus grande rue commerciale de notre pays que des millions de touristes viennent voir tous les ans, ne peut pas être fermée simplement parce qu’une loi obsolète dit que les marchands de sacs à main n’ont pas le droit d’ouvrir leurs magasins le dimanche. Ces mesures brident les échangent et quand on bride les échanges, on bride la croissance, c’est complètement absurdes.

Ouvrir un magasin coûte de l’argent, il faut payer des employés. Est-on sûr que les habitudes de consommation s’adapteront à l’ouverture des magasins ?

Evidemment, une fois de plus, si les commerçants ouvrent c’est qu’ils ont une raison de le faire. Si Décathlon ouvre dix magasins ce n’est pas un hasard, c’est qu’il existe une demande. Ne pas comprendre cela témoigne de la dimension ubuesque et absurde de cette loi. Quand un magasin Ikea ouvre le dimanche, on constate l’évidence de la demande des consommateurs, les magasins sont pleins. Il est ridicule de voir des quartiers dans les grandes villes comme le Marais à Paris où les gérants de magasins et les policiers sont engagés dans un grand jeu du chat et de la souris. Qui plus est, pourquoi les magasins d’agroalimentaires pourraient ouvrir et non pas un libraire ou un maroquinier ? En quoi cela est-il différent ? L’ouverture le dimanche est encore le meilleur moyen de redynamiser les petits commerces. A l’étranger, dans les pays où il est possible d’ouvrir le dimanche, certains magasins sont fermés et d’autres sont ouverts. Il y a des zones où les gens vivent le dimanche et où ils consomment. L’argent qui existe la semaine existe aussi le dimanche qu’ils viennent des Français ou des étrangers qui visitent notre pays et qui achètent aux entreprises françaises. Ce qu’il faut c’est une règle très simple grâce à laquelle on pourrait choisir. Les usages évoluent et les lois doivent en faire autant.

Publié dans Atlantico

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