Pôles de compétitivité : l’Etat est-il vraiment compétent ?

Written by Aurelien Veron  //  17 décembre 2012  //  Atlantico.fr, Economie, Entreprise, Publications  //  No comments

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Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, et Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des PME, de l’Innovation et de l’Economie numérique, sont intervenus mardi lors de la onzième journée des pôles de compétitivité organisée à Bercy.

Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin viennent de décider la reconduction pour au moins 3 ans des 71 pôles de compétitivité. Dans la terminologie bureaucratique : 18 pôles « mondiaux et à vocation mondiale » et 53 pôles nationaux. Ils reconnaissent pourtant leur échec dans le communiqué : « Les pôles de compétitivité doivent maintenant focaliser leur énergie sur les retombées économiques, l’industrialisation et la diffusion des innovations dans les produits et services ». Les pôles représentent en effet à peine 1,5 % des brevets, 4,5 % des dépenses de R&D et 5 % des créations d’entreprises innovantes. Seul un projet sur quatre accompagné par les pôles génère effectivement une innovation.

Un audit de ces 71 pôles a été réalisé (juin 2008) par les cabinets CMI et Boston Consulting Group. Il indiquait que l’échec de la stratégie s’expliquait par « le manque d’implication des PME au sein du pôle, une ouverture à l’international insuffisante ou un manque de lisibilité de la stratégie. » Mais pour nos bureaucrates, persévérer dans l’échec est devenu un art, surtout sans corriger ses causes.

Le rapport de l’Institut de l’Entreprise (novembre 2012) révèle que les pôles ne colle pas aux secteurs à plus fort potentiel. Sur les 85 technologies les plus prometteuses, ils n’en couvrent correctement que 13 !

En Allemagne, il n’y a que 15 clusters d’excellence, 6 en Finlande. Sous la pression des élus (locaux et nationaux, grâce au cumul des mandats), les gouvernements successifs ont surtout pratiqué la politique d’« aménagement du territoire », c’est-à-dire de subvention aux secteurs en difficultés dans les zones de province peu urbanisées.

Avant de vouloir être stratège, l’État devrait cesser d’être un boulet. Il ne cesse de chambouler la fiscalité, les réglementations qui concernent les entreprises. Plutôt que de vouloir ajouter des subventions et financer des « pôles », l’Etat ferait mieux de simplifier de manière drastique et durable l’univers règlementaire et fiscal des entreprises. C’est ce qu’indique avec tact le rapport de bilan des pôles commandé par l’État et remis en juin 2012 : « Le système national d’appui à l’innovation s’est complexifié avec la juxtaposition, tant au plan national qu’au plan régional, d’outils, instruments et mesures orientés vers le soutien à la recherche (dans une logique de valorisation) mais aussi vers le soutien aux transferts de technologies et à l’innovation. Le programme d’investissements d’avenir, avec ses multiples instruments, a accru cette complexité(…) Au-delà, il s’agit d’apporter une cohérence de l’ensemble des politiques publiques. »

« La pluralité d’acteurs qui intervient engendre une complexité dans les relations, des déperditions d’information entre les différents niveaux, et peut être source d’inefficacité. Cette complexité est inhérente à la pluralité des enjeux et objectifs assignés à cette politique. Le mode de pilotage ne permet cependant pas pleinement d’impulser une vision stratégique de la politique des pôles. Des freins à l’efficacité sont palpables à différents niveaux : Le mode d’organisation des correspondants nationaux qui pour certains secteurs ne leur permet pas de forger une approche stratégique à l’échelle d’un secteur ; La coordination interministérielle par rapport aux autres politiques de recherche et d’innovation, telles que le programme des investissements d’avenir, les dispositifs du ministère en charge de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, ou ceux du ministère en charge de l’Environnement et des Transports ; Les faiblesses du dialogue Etat / Collectivités à un niveau stratégique au-delà de simples discussions techniques sur les processus de sélection ; Le manque de disponibilité de données agrégées au plan national sur les retombées de l’action des pôles. »

Les secteurs d’activité exposés à la concurrence internationale souffrent en France. On observe pourtant une reprise des exportations en Espagne suite aux ajustements récents. Le gouvernement ferait bien de s’en inspirer aujourd’hui avant que les marchés ne nous mettent au pied du mur. Le 4 décembre, le Premier ministre nous a au contraire annoncé que le « Centre d’analyse stratégique » serait renommé « Commissariat à la stratégie et à la prospective ». C’est de mauvais augure.

Rappelons-nous les conclusions du rapport du Cepremap (2008), institut de recherche économique public, plutôt marqué au centre-gauche : « Une politique publique centralisée de subvention aux clusters ne nous paraît donc pas être la voie la plus appropriée. Elle nie la diversité des secteurs dont certains, peu sensibles aux gains de concentration, peuvent bénéficier de la dispersion géographique et de coûts de production plus faibles. Nous avons montré qu’il n’existe pas a priori de  classification simple des secteurs qui gagnent plus à cette concentration et il sera donc difficile pour les pouvoirs publics de choisir les secteurs pour lesquels il faudrait favoriser la concentration géographique. »

« Une critique usuelle de la politique industrielle est qu’elle suppose que l’État est suffisamment informé pour choisir les « bons » secteurs. La même critique peut être faite à propos des pôles de compétitivité qui nécessitent en outre une information supplémentaire pour choisir simultanément les « bons » territoires pour ces « bons » secteurs. Si une telle politique réussit à spécialiser artificiellement certains territoires, elle risque en outre de les rendre très vulnérables à des chocs sectoriels que la mondialisation rend plus probables.

C’est d’autant plus le cas dans le contexte français que les travailleurs ont une faible mobilité : favoriser la spécialisation des régions lorsque les travailleurs sont peu mobiles, c’est les exposer au risque d’un retournement sectoriel. » La messe est dite.

Publié par Atlantico

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